Stratégie de recherche d’emploi et d’insertion professionelle

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En octobre 2007, il a été confié au Haut Commissaire aux Solidarités Actives contre la Pauvreté, la responsabilité de l’organisation d’un Grenelle de l’Insertion. Un concept à la mode qui est l’occasion d’une négociation collective pour refonder une politique d’insertion plus réactive et efficace. Depuis une vingtaine d’années, le marché du travail et les formes d’emploi se sont transformés et la France collectionne les mesures en inadéquation avec ces évolutions. L’un des objectifs du Grenelle pour améliorer le domaine de l’insertion socioprofessionnelle est de «repenser les politiques d’accompagnement des personnes en difficultés »1, l’accompagnement étant un élément décisif dans un parcours d’insertion.

 

Les techniciens de l’insertion, en première ligne sur le terrain et donc intermédiaires entre la population et les institutions, désirent un chamboulement des outils en vue de faciliter les pratiques. Les méthodes de travail et les valeurs peuvent changer selon les structures. L’insertion peut être perçue comme un ensemble de solutions ou à l’inverse comme un problème. Forcément la démarche n’est pas la même. Mais selon la posture du professionnel, quel impact peut-il y avoir sur le public ? Comment s’approprie-t-il les clefs que lui donnent les institutions pour permettre aux bénéficiaires de franchir la porte de l’emploi ?

 

En travaillant avec l’humain, j’ai compris une chose : On ne sait jamais qui l’on a en face de soi. Nous avons tous, nos expériences, nos coups durs, nos défis, nos motivations, nos faiblesses, nos forces, nous avons chacun notre chemin de vie.

 

Dans le domaine de l’insertion professionnelle, faire comprendre à un individu que la recherche d’emploi est un jeu est un bon moyen de comprendre son positionnement face à un marché du travail de pus en plus complexe. Complexe, sélectif et de moins en moins accessibles pour certaines catégories de personnes.

Alors qu’à une époque, en France, le manque d’expérience, de qualification, la langue française ne constituait pas un réel frein à l’emploi, contrairement à ce jour, où les critères d’exigences ne laissent la chance qu’à des profils parfait (j’exagère à peine !).

La posture que doit adopter le conseiller face à ce public fait débat dans chaque structure. Mais le constat est unanime : notre métier est d’accompagner la personne dans ce jeu de stratégies. Un jeu où il faut jouer ses plus belles cartes au bon moment, un jeu de rôles lorsque l’on tombe dans la case entretien d’embauche, un jeu qui ne nous autorise pas à déclarer forfait au risque de nous faire interpeller par la banque.

 

Le professionnel de l’insertion, guidé par ses valeurs, doit apprendre à s’adapter aux consignes institutionnelles. Ces dernières n’étant pas toujours cohérentes avec les réalités sociales des publics. Le code déontologique doit être combiné avec ses méthodes de travail, sa conception du métier mais également ses objectifs de résultats. Et il est vrai qu’avoir des comptes à rendre dans le secteur de l’insertion professionnelle semble paradoxal.

Comment l’appréhender au mieux durant l’accompagnement? Car oui le chercheur d’emploi a des attentes, des nécessités, notamment des besoins de survie. Expliquer qu’il faut avant tout avoir un projet professionnel construit, peut sembler déplacer pour beaucoup de personnes. Le présent, c’est avant tout ce qui compte, à moins de pouvoir envisager des restrictions, en vue d’une meilleure situation…pour l’avenir…

 

Durant le processus d’accompagnement, prendre des repères communs est un gage de réussite, pour l’accompagné mais également pour l’accompagnant. Mais il ne peut se faire sans l’alliance de travail. Réunir les conditions favorables à une insertion réussie est indispensable. Comprendre l’impact de ses méthodes de travail sur le public en difficulté d’insertion, c’est avoir des chances de se trouver sur son chemin. Appréhender l’environnement d’autrui, c’est saisir ses priorités pour pouvoir anticiper ses stratégies.

 

Je citerai Bertrand Schwartz, auteur de nombreux travaux sur l’intervention socioprofessionnelle. « Au fond, la médiation sociale, c’est trois actions successives: écouter longtemps, autrement que nous n’écoutons habituellement. Ecouter pour moi, c’est une chaîne de quatre choses: vous m’écoutez, j’espère que vous m’entendez, mais beaucoup de gens écoutent sans entendre. Ecouter entendre, cela veut dire ensuite tenir compte, et tenir-compte cela veut dire négocier et respecter. Ecouter-entendre-tenir, négocier-respecter, sans a priori, sans étiquette, sans juger, sans sectoriser. Un des grands malaises de notre société actuelle, qui provoque la violence, qui provoque la colère, c’est que beaucoup de gens écoutent, peu entendent, très peu tiennent compte, et encore moins respectent »2.

 

Accompagner. Si le sens qu’accorde le professionnel à ce mot est erroné, alors il est nécessaire de l’accompagner à son tour. Apprendre ou réapprendre à effectuer un retour réflexif sur sa propre pratique semble être indispensable pour être en cohérence avec le code déontologique de l’insertion. On a toujours à apprendre des autres, écouter les personnes recherche d’emploi, les entendre c’est encore mieux.

1. Article du Haut Commissaire aux Solidarité Actives contre la Pauvreté, Le Grenelle de l’Insertion, 2007

2. P. LABBE, Les Bricoleurs de l’Indicible, Ed Apogée, 2003, p254 (extrait de Bertrand SCHWARTZ)

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